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Introduction à la DeSci

Ou comment la Science du futur est en train de naître sous vos yeux

« [DeSci] transformed my research impact from a low-impact virology article every other year to saving the lives and limbs of actual human beings » Jessica Sacher, co-fondatrice de Phage Directory

Dans un précédent article, l’un des tous premiers publiés sur Resolving Pharma, nous nous étions intéressés aux problématiques posées par le rôle centralisateur des éditeurs scientifiques, qui en plus de poser des questions financières et éthiques, est un frein à l’innovation et à la recherche scientifique. A l’époque, nous avions, en plus de dresser ce constat, proposé des pistes de réflexions pour changer de modèle, en utilisant notamment les NFTs et la Blockchain. Depuis plusieurs mois, et grâce à la popularisation du Web3 et des DAOs, émergent des quatre coins du monde des initiatives en faveur d’une science permettant de faciliter l’intelligence collective, de redessiner les méthodes de financement et de publication de la recherche et, in fine, de réduire considérablement le chemin entre le laboratoire et les patients. Il est temps d’explorer cette révolution dont nous sommes encore à l’année zéro et que l’on appelle la DeSci pour Science Décentralisée.

De la nécessaire émergence de la DeSci

Une histoire est souvent prise en exemple dans le monde de la DeSci, tant elle illustre toutes les inefficiences de la science actuelle : celle de Katalin Kariko, biochimiste hongroise ayant mené de nombreuses recherches à partir des années 1990 (sur l’ARN messager vitro-transcrit) qui seront à l’origine, quelques décennies plus tard de plusieurs vaccins contre le Covid-19. En dépit des aspects novateurs des recherches menées par Katalin Kariko, elle ne put bénéficier des bourses de recherche nécessaires à leur poursuite pour des raisons de rivalités politiques : l’Université de Pennsylvanie dans laquelle elle se trouvait avait fait le choix de privilégier les recherches portant sur des thérapies ciblant directement l’ADN. Le manque de moyens entraina le manque de publications et K. Kariko fut rétrogradée dans la hiérarchie de son unité de recherche. Cet exemple démontre les conséquences délétères que peut avoir une organisation centralisée de l’attribution des financements (principalement les institutions publiques et les fondations privées) et de la gestion de la réputation des scientifiques (les éditeurs scientifiques).

Combien de chercheurs passent davantage de temps à chercher des financements qu’à travailler sur des sujets de recherche ? Combien de dossiers différents dans la forme doivent-ils remplir pour accéder à ces financements ? Combien de recherches prometteuses mais trop risquées ou trop peu conventionnelles sont abandonnées faute de financement ? Combien d’Universités paient des fortunes aux éditeurs scientifiques pour accéder aux connaissances scientifiques qu’elles ont-elles-même contribuées à établir ? Combien de résultats, parfois pervertis par les logiques de publication des éditeurs scientifiques, s’avèrent in fine non-reproductibles ? Avec toutes les barrières à l’échange de données relatives à la publication scientifique, la Science est-elle encore l’entreprise d’Intelligence Collective qu’elle doit être ? Combien de progrès scientifiques pourtant industrialisables et brevetés n’iront finalement pas jusqu’au marché faute de structures entrepreneuriales suffisamment solides et financées pour les porter (bien que des progrès considérables ont été réalisés ces dernières décennies pour permettre aux chercheurs de créer leurs start-up) ?

La DeSci, que nous pourrions tenter de définir comme étant un système d’organisation de la Science permettant, en s’appuyant sur les technologies et les outils Web3, à chacun de financer et de prendre part à la recherche et à la valorisation scientifique en échange de retour sur investissement ou de rémunération, se propose de répondre à toutes les problématiques mentionnées ci-dessus.

Dans un premier temps, cet article s’intéressera aux bases techniques de la Science Décentralisée puis explorera quelques cas d’usage dans lesquels la décentralisation pourrait améliorer l’efficience de la Science.

Tout comprendre au Web3, aux DAOs et à la Science Décentralisée

A l’origine du Web, de très profondes barrières à l’entrée existaient pour les utilisateurs souhaitant émettre des informations : en effet, avant les blogs, les forums et les réseaux sociaux, il fallait être en mesure de rédiger soi-même le code de son site Internet ou de payer quelqu’un pour le faire afin de pouvoir partager du contenu.

Avec l’arrivée, nous l’évoquions, des blogs et des réseaux sociaux, le Web2 a pris un visage différent : l’expression est devenue considérablement plus facile. En revanche, elle s’est accompagnée d’une grande centralisation : les plateformes de réseaux sociaux disposent des contenus que leurs utilisateurs publient et les exploitent commercialement (au travers de revenus publicitaires notamment) sans reverser un centime aux utilisateurs de leurs services.

Le Web3 est une nouvelle version d’Internet dans laquelle la notion de propriété a été introduite au moyen de la Blockchain. En effet, alors que le Web2 était construit sur des infrastructures centralisées, le Web3 utilise la Blockchain. En clair, les échanges de données sont enregistrés sur une Blockchain et peuvent donner lieu à une rétribution en cryptomonnaies ayant une valeur financière mais donnant également, dans certains cas, un pouvoir décisionnel sur les plateformes utilisées par les contributeurs. Le Web 3 est donc un moyen de marquer la propriété d’un contenu ou de rémunérer facilement l’action d’un utilisateur. Le Web3 est sans nul doute la version d’Internet la plus favorable à la création.

Enfin, nous ne pouvons pas évoquer le Web3 sans parler des Decentralized Autonomous Organization (DAOs). Ces organisations sont décrites par Vitalik Buterin, le co-fondateur emblématique de la Blockchain Ethereum, comme étant : « des entités vivant sur Internet et ayant une existence autonome, tout en s’appuyant sur des individus qu’elle embauche pour effectuer les tâches qu’elle ne peut pas faire directement ». De manière plus terre à terre, il s’agit d’assemblées virtuelles dont les règles de gouvernance sont automatisées et inscrites de façon transparente dans une blockchain, permettant ainsi à ses membres d’agir collectivement, sans autorité centrale ni tiers de confiance, et de prendre des décisions selon des règles définies et inscrites dans des Smart-contracts. Leur objectif est de simplifier et de rendre plus sûre, transparente et infalsifiable la prise de décision et l’action collectives. Les DAOs n’ont pas encore révélé leur plein potentiel mais elles ont déjà montré qu’elles pouvaient œuvrer comme des fonds d’investissement, des entreprises ou des associations caritatives décentralisés et efficients. Depuis quelques mois, des DAOs spécialisées dans la Science émergent, basées sur deux innovations technologiques majeures.

Les concepts technologiques sur lesquels s’appuie particulièrement la DeSci :

Pour comprendre le fonctionnement profond de la DeSci et plus particulièrement son immense et révolutionnaire potentiel, il est important de maîtriser deux concepts en particulier, plutôt peu communs dans le très vaste et grandissant domaine du Web3 mais qui se trouvent au cœur d’un certain nombre de projets de DeSci :

  • Les IP-NFTs : Le concept d’IP-NFT a été développé par les équipes de l’entreprise Molecule (dont vous trouverez une interview sur Resolving Pharma). Il constitue une rencontre entre l’IP (la propriété intellectuelle) et les NFTs (les non-fungible tokens) : il permet de tokeniser la recherche scientifique. Cela signifie qu’une représentation d’un projet de recherche est placée sur la Blockchain sous la forme d’un NFT échangeable. Un accord légal est passé automatiquement entre les investisseurs (acheteurs du NFT) et le scientifique ou l’institution qui mène les recherche. Les propriétaires du NFT seront en droit d’obtenir des rémunérations en cas de licensing de la propriété intellectuelle issue des recherches ou de création de start-up à partir de cette propriété intellectuelle.

Figure 1 – Schéma de fonctionnement de l’IP-NFT développé par Molecule (Source : https://medium.com/molecule-blog/molecules-biopharma-ipnfts-a-technical-description-4dcfc6bf77f8)

  • Les Data-NFTs : Beaucoup de projets Blockchain s’intéressent à la patrimonalité de la Data mais l’un des plus aboutis est Ocean Protocol. Un Data-NFT représente un droit d’auteur (ou une licence exclusive) enregistré dans la Blockchain et portant sur un jeu de données. Ainsi, il est possible pour un utilisateur d’exploiter ses données de plusieurs manières : en faisant payer des licences temporaires à d’autres utilisateurs, en vendant ses datasets ou en les collectivisant avec d’autres jeux de données dans le cadre d’un « Data Union ».

Ces deux concepts permettent de rendre sécable et liquide la propriété intellectuelle et ainsi de créer de nouveaux modèles de financement et de collaboration. Prenons un exemple simple : un chercheur peut présenter ses recherches et lever des fonds auprès d’investisseurs avant même qu’un brevet ne soit déposé. En échange, les investisseurs possèdent un IP-NFT qui leur permet de bénéficier d’un certain pourcentage de la propriété intellectuelle et des revenus qui seront potentiellement générés par l’innovation.

Passons désormais à quelques cas d’usage de la DeSci.

Transformer le reviewing scientifique

Lorsqu’un chercheur veut communiquer au reste de la communauté scientifique, il rédige un article qu’il soumet à des éditeurs scientifiques, si ces derniers acceptent le thème de la recherche, ils vont chercher d’autres chercheurs à même de vérifier la validité scientifique de l’article, un processus d’échange avec les auteurs s’ensuit alors : il s’agit du peer-reviewing. Les chercheurs prenant part à ce processus ne sont pas rémunérés par les éditeurs et sont principalement motivés par leur curiosité scientifique.

Ce système, tel qu’il est organisé actuellement – de manière centralisée, fait émerger plusieurs problématiques :

  • Il prend beaucoup de temps : cela prend, dans certaines revues, plusieurs mois entre la première soumission d’un article et sa publication définitive. Ce délai évitable peut être très dommageable à la progression de la science (mais nous y reviendrons plus tard dans cet article !). Par ailleurs, devant l’inflation du nombre d’articles et de revues scientifiques, le système basé sur le bénévolat des reviewers n’est pas dimensionné pour faire face à l’avenir.
  • L’article est soumis aux biais d’appréciation de l’éditeur ainsi qu’à ceux des reviewers, le tout dans un processus opaque, ce qui le rend extrêmement aléatoire. Des études ont montré qu’en soumettant à nouveau un échantillon de papiers déjà publiés et en modifiant les noms et les institutions des auteurs, 89% d’entre eux étaient rejetés (sans que les reviewers ne s’aperçoivent du fait que ces articles étaient déjà publiés)
  • L’intégralité du processus est généralement opaque et indisponible au lecteur final de l’article.

Le peer-reviewing de la Science Décentralisée sera entièrement différent. Plusieurs publications ont démontré la possibilité d’utiliser des DAOs scientifiques thématiques afin de rendre tout le processus plus efficient, équitable et transparent. Nous pouvons ainsi imaginer que la décentralisation pourrait jouer sur différents aspects :

  • Le choix des reviewers ne dépendrait plus uniquement de l’éditeur mais pourrait être approuvé collectivement.
  • Les échanges autour de l’article pourraient être enregistrés sur la Blockchain et seraient ainsi librement accessibles.
  • Plusieurs systèmes de rémunération, financière ou pas, peuvent être imaginés afin d’attirer des reviewers de qualité. Nous pouvons ainsi imaginer que chaque reviewing pourrait faire gagner des tokens permettant de s’inscrire dans un système de réputation (voir ci-dessous), de participer aux prises de décision du DAO mais aussi de participer à des concours dans l’objectif d’obtenir des subventions.

Les systèmes de peer-reviewing décentralisé n’en sont encore qu’à leurs premiers pas et, aussi radicalement prometteurs soient-ils, de nombreux défis restent à surmonter, à commencer par celui de l’interopérabilité entre différents DAOs.

Créer un nouveau système de réputation

La principale proposition de valeur apportée par le système centralisé de la Science est celui du système de réputation des acteurs. Pourquoi souhaitez-vous accéder à des écoles et des Universités prestigieuses, et pourquoi êtes-vous parfois prêts à vous endetter sur de nombreuses années pour cela ? Parce que le fait d’avoir le nom d’une Université donnée sur votre CV vous permettra d’accéder plus facilement aux opportunités professionnelles que vous visez. D’une certaine manière, les entreprises ont délégué une certaine partie de leur recrutement aux écoles et aux universités.  Autre système de réputation, nous l’évoquions plus tôt dans cet article : celui des éditeurs scientifiques, la qualité d’un chercheur n’est-elle pas mesurée au nombre d’articles qu’il a réussi à faire publier dans des revues prestigieuses ?

En dépit de leur coût prohibitif (qui permet aux éditeurs scientifiques de constituer l’une des industries ayant la marge brute la plus haute du monde – difficile de faire autrement lorsque l’on vend quelque chose que l’on obtient gratuitement !), ces systèmes souffrent de graves imperfections : le fait d’être accepté dans une Université et d’obtenir son diplôme reflète-t-il finement l’implication que l’on a eu durant ses études et les compétences que l’on a pu acquérir par diverses expériences à l’intersection du monde universitaire et du monde professionnel ? La réputation d’un scientifique est-elle réellement proportionnelle à son implication dans son écosystème ? Jorge Hirsch, l’inventeur de l’Indice H, ayant pour but de quantifier la productivité et l’impact scientifique d’un chercheur en fonction du niveau de citation de ses publications est d’ailleurs lui-même revenu sur la pertinence de cet indicateur.  Les peer-reviewings, la qualité des cours donnés, l’accompagnement de jeunes chercheurs ou encore l’impact réel de la Science sur la société ne sont en effet pas pris en compte par le système actuel.

Dans le cadre de la DeSci, il sera possible d’imaginer un système basé sur la Blockchain permettant de tracer et d’authentifier les actions d’un chercheur – et pas uniquement le fait de publier des articles – afin de le récompenser à travers des tokens de réputation non échangeables. Le grand défi de ce système de réputation sera encore une fois d’être transversal, interopérable et adopté par différentes DAOs. Nous pouvons imaginer que ces tokens pourront être utilisés pour participer à des votes (dans l’organisation de conférences, dans le choix d’articles, etc) et qu’ils seront eux-mêmes attribués selon des mécanismes de vote (par exemple, les étudiants ayant suivi un cours seront à même de décider collectivement du nombre de tokens à attribuer au professeur).

Transformer les codes de la publication scientifique pour faire émerger l’intelligence collective

La science est une œuvre collective et internationale dans laquelle, actuellement et en tant que chercheur, vous ne pouvez communiquer avec les autres équipes de recherche du monde entier qu’à travers :

  • Des publications dans lesquelles vous ne pouvez pas donner accès à l’ensemble des données générées par vos recherches et expérimentations (on estime qu’environ 80% des données ne sont pas publiées, ce qui participe à la crise de la reproductibilité scientifique
  • Des publications auxquelles les autres chercheurs ne peuvent pas accéder sans payer les éditeurs scientifiques (dans le cas de l’Open Science, c’est l’équipe de recherche à l’origine de la publication qui paie l’éditeur pour que les lecteurs puissent accéder gratuitement à l’article)
  • Des publications qui, par leur forme et les problématiques liées à leur accès, rendent très difficile l’utilisation d’algorithmes de Machine Learning qui pourraient accélérer la recherche
  • Et enfin, des publications scientifiques qui, du fait des durées des mécanismes éditoriaux d’approbation ne reflètent l’état de votre recherche qu’avec plusieurs mois de retard. Des crises sanitaires récentes comme celles du COVID-19 nous ont montré à quel point il pouvait être important de disposer de données qualitatives de manière rapide.

Internet a permis une transformation majeure des manières dont nous communiquons. Le mail et les messageries instantanées permettent, par rapport à la lettre qui mettait des semaines à arriver à son destinataire dans les siècles passés, de communiquer plus souvent et surtout d’envoyer des messages plus courts, à mesure que nous obtenons les informations qu’ils contiennent, sans nécessairement les agréger dans une forme complexe. Seule la communication scientifique, alors même qu’elle se fait désormais majoritairement par le biais d’Internet, résiste à cette tendance, au profit des éditeurs scientifiques et des formes traditionnelles de communication mais aussi et surtout aux dépends du progrès de la science et des patients dans le cas de la recherche biomédicale.

Comment, dans ces conditions, faire émerger l’intelligence collective nécessaire au progrès scientifique ? L’entreprise flashpub.io pense avoir la solution : les micro-publications, constituées d’un titre pensé pour être facilement exploitable par un algorithme de NLP, d’une figure unique, d’une brève description et de liens donnant accès à la totalité des protocoles et des données générées. 

Figure 2 – Structure d’une micro-publication (Source : https://medium.com/@flashpub_io)

Cette idée des micro-publications, si elle n’est pas directement liée à la Blockchain, sera, puisqu’elle permet le partage rapide et facilité de l’information, un remarquable outil d’intelligence collective et assurément, la modalité de communication scientifique la plus adaptée à l’ère à venir de la Science Décentralisée. L’objectif ne sera pas de remplacer les publications classiques mais plutôt d’imaginer une nouvelle manière de faire de la science, dans laquelle le narratif d’une innovation sera construit collectivement tout au long des expérimentations successives plutôt qu’après plusieurs années de travail par une seule équipe de recherche. Des voix contradictoires s’exprimeront et un consensus sera trouvé, ne modifiant pas fondamentalement le modèle classique de la Science mais le rendant plus efficient.

Faciliter le financement de l’innovation et la création de start-up de biotechnologie

Aujourd’hui, le financement de l’innovation, en santé notamment, fait face à un double problème :

  • Du côté des scientifiques et des entrepreneurs : en dépit du développement de nombreux écosystèmes de financement, de subventions non dilutives et de la maturation des fonds de venture capital, la question de la recherche de fonds reste essentielle et problématique pour la plupart des projets. Beaucoup de projets ne survivent pas à ce que l’on appelle la « Vallée de la mort », cette période avant de début des études cliniques durant laquelle lever des fonds est particulièrement compliqué.
  • Du côté des investisseurs : Il est très difficile pour un individu de prendre part au financement de la recherche et aux entreprises de Biotechs de manière satisfaisante.
    • Il peut être Business Angel et entrer tôt au capital d’une start-up prometteuse : cela n’est pas accessible à tous, car il faut un certain capital de départ pour entrer dans une start-up (et encore plus si l’on souhaite diversifier ses investissements pour lisser son risque)
    • Il est possible d’investir en bourse sur des sociétés de biotech cotées : l’espérance de gain est alors bien plus faible, les entreprises étant déjà matures et leurs résultats consolidés.
    • Il est possible de financer la recherche à travers des organismes de charités, mais dans ce cas, aucun retour sur investissement n’est possible et aucun contrôle sur les projets financés ne pourra être exercés.
    • Il est possible d’investir à travers des sites de crownfunding, mais là encore des problèmes structurels sont à mentionner : le choix des entreprises est limité et les investisseurs sont généralement davantage en position de prêteurs que d’investisseurs : ils ne détiennent pas réellement de parts de l’entreprise et seront rémunérés selon un taux annuel défini à l’avance.

L’un des mantras de l’industrie pharmaceutique les plus à la mode en ce moment est de mettre le patient au centre de ses thérapeutiques, ne faudrait-il pas, par cohérence, également lui permettre d’être au centre des systèmes de financement et de développement de ces thérapeutiques ?

La DeSci permettra à chacun – patient, proche de patient ou simplement (crypto)investisseur souhaitant avoir un impact positif sur le monde – via des systèmes d’IP-NFT, de data-NFT ou de tokenisation d’entreprise de financer facilement des projets de drug development quel que soit leur stade, de la recherche académique d’un chercheur à une entreprise déjà constituée.

Ce système de tokenisation des assets permet par ailleurs de générer des revenus complémentaires, à la fois pour l’investisseur et pour le projet cherchant à être financé :

  • Les mécanismes de « prêt lombard » présents dans la Finance Décentralisée permettront également aux investisseurs de générer d’autres types de revenus sur leurs parts des projets. En effet, la DeFi a remis au goût du jour les prêts collatéralisés : un emprunteur peut déposer des actifs numériques (des cryptomonnaies, mais également des NFTs ou des actifs réels tokenisés (entreprises, immobiliers, etc) en échange d’un autre actif (qui représente une fraction de la valeur qu’il a déposée, afin de protéger le prêteur) qu’il pourra investir selon différents mécanismes propres à la Finance Décentralisée et que nous ne développerons pas dans cet article. Ainsi, dans un système classique de private equity, l’argent investi dans une start-up est bloqué jusqu’à la possibilité d’un exit et ne génère pas de rendements autres que ceux attendus du fait de l’augmentation de la valorisation de l’entreprise. Dans le nouveau système décentralisé, une partie de l’argent que vous avez investi peut être placé en parallèle dans l’équivalent crypto d’un compte épargne (simplifions les choses, ce site n’étant pas dédié à la Finance Décentralisée !)
  • Par ailleurs, une autre possibilité pour les projets biotech, qu’ils soient déjà constitués sous forme d’entreprise ou pas, de générer des revenus supplémentaires est de tirer profit de la liquidité des actifs (qui n’existe pas dans le système de financement traditionnel) : il est tout à fait envisageable d’appliquer une taxation de quelque % à chaque transaction d’un IP-NFT ou d’un data-NFT.

Nous sommes dans un monde où il est parfois plus facile de vendre une image de singe pour 3 ou 4 millions de dollars que de lever cette somme pour combattre une pathologie mortelle. Il est temps de le comprendre et d’actionner les bons leviers pour aller chercher l’argent là où il se trouve – parfois très loin des sentiers battus.

Conclusion : une communauté naissante, beaucoup de travail et de grandes ambitions

En dépit d’initiatives à très haut potentiel de l’implication de plus en plus importante d’une communauté scientifique à travers le monde, la DeSci est encore jeune et reste à structurer, de nombreux défis seront à relever pour construire le futur. L’un des principaux, en dehors des aspects relatifs au cadre réglementaire, sera sans nul doute celui de l’éducation au sens large et il n’est pas encore adressé par les projets actuels. En utilisant les outils Web3 pour réinventer la manière dont peut se construire et se financer un cursus de haut niveau (vous serez demain payés pour suivre des formations en ligne – oui oui !), la DeSci se donnera les moyens d’intégrer les esprits les plus créatifs et entrepreneuriaux de son époque, à la manière dont les grands incubateurs ou fonds d’investissement comme Y Combinator ou Tech Stars ont misé sur l’éducation pour créer ou accélérer le développement des entreprises les plus impressionnantes de ces dernières années. Les Universités collaboratives de la DeSci doivent émerger, et la connexion entre l’Ed3 (l’éducation et l’apprentissage à l’ère du Web3) et la DeSci reste encore à mettre en œuvre.

Figure 3 – Présentation de l’écosystème DeSci embryonnaire à la conférence ETH Denver, le 17 février 2022 (depuis 3 mois, l’écosystème en pleine ébullition s’est considérablement enrichi d’autres projets)

Le Web 3.0 et les DAOs ont la grande particularité de permettre de récompenser en equity, ou équivalent, des personnes prenant part à un projet en mettant leurs compétences ou leurs moyens financiers à profit, et ce quelle que soit l’étape de développement d’un projet.  Ainsi, dans un monde décentralisé où les compétences et le matériel de recherche sont à portée de main, et où les intérêts des individus impliqués dans un projet sont plus alignés, le temps écoulé entre l’émergence d’une idée et son exécution est sensiblement plus faible que dans un monde centralisé. Ce modèle, pouvant réinventer le travail mais aussi ce qu’est une entreprise, s’applique à tous les domaines mais est particulièrement pertinent là où l’intelligence collective est importante et où des expertises de pointe de différents types sont nécessaires, comme la recherche scientifique.

De la même manière que nous pouvons raisonnablement penser que Bitcoin prendra de plus en plus de place dans le système monétaire international dans les années et décennies à venir, nous pouvons penser que la DeSci, étant donné ses caractéristiques et qualités intrinsèques, prendra de plus en plus de place face à ce que nous appellerons peut-être dans les prochaines années la « TradSci » (la Science organisée de manière traditionnelle). En permettant un alignement d’intérêt parfait de ses différents acteurs, la DeSci constituera probablement l’outil collaboratif d’Intelligence Collective le plus abouti et viable à grande échelle et sur le long terme dont n’aura jamais disposé Homo Sapiens. Lutte contre le réchauffement climatique, conquête spatiale, éradication de toutes les maladies, ou extension de la longévité humaine, la DeSci sera probablement le catalyseur des prochaines décennies d’innovations scientifiques et, en cela, impactera positivement votre vie. Ne passez pas à côté de l’opportunité d’en être l’un des premiers artisans !


Pour aller plus loin :

Crédits de l’illustration de l’article : 
  • Background : @UltraRareBio @jocelynnpearl and danielyse_, Designed by @katie_koczera
  • Montage : Resolving Pharma

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Entrepreneuriat Interviews

Interview – Molecule, la start-up qui souhaite révolutionner le financement du développement de médicaments avec la Blockchain

L’équipe de Resolving Pharma est heureuse d’inaugurer une série d’entretiens avec des start-ups créant le monde pharmaceutique de demain par cette interview de Molecule.to,  jeune et ambitieuse entreprise allemande souhaitant changer les règles du Drug Development en utilisant la technologie Blockchain d’une manière inédite.

Nous remercions l’équipe de Molecule pour cet échange et tout particuliérement Heinrich Tessendorf. Cette version française est une traduction, que nous espérons la plus fidèle possible, de notre échange en anglais.

Certains termes utilisés dans cet entretien sont techniques et très spécifiques au domaine de la Blockchain, afin de faciliter la compréhension du projet de Molecule.to, un glossaire a été ajouté en fin d’interview. N’hésitez pas à nous contacter si vous avez des questions ou souhaitez discuter du sujet. Bonne lecture !

Interview réalisée par Alexandre Demailly et Quentin Vicentini.

Resolving Pharma : Avec Molecule, vous êtes en train de tenter de réinventer, parmi d’autres choses, le financement de la R&D Pharmaceutique. Pouvez-vous nous expliquer comment votre plateforme fonctionne ?

Molecule : Notre plateforme est une marketplace qui permet de faire passer la propriété intellectuelle early-stage dans le monde du Web3 via les NFTs. A cela s’ajoutent des DAOs orientés vers les biotechs dans lesquels des communautés se réunissent pour financer la recherche dans des domaines thérapeutiques spécifiques. Ces communautés se composent de patients, de chercheurs et de passionnés.

En pratique, tout cela se met en place lorsque les chercheurs téléversent un projet sur notre site Web. A partir de là, d’autres chercheurs, investisseurs ou communautés de patients peuvent découvrir ces projets et décider d’investir dans l’un ou l’autre de ceux-ci. Une fois que ces acteurs ont décidé dans quel projet ils allaient investir, ils peuvent connecter leur wallet web3 (par exemple Metamask) et financer le projet en achetant un IP-NFT. Les droits de propriété intellectuelle seront ainsi immédiatement transférés à l’acheteur et les fonds pourraient être transférés au chercheur exactement au même moment.

Resolving Pharma : Quels sont les objectifs de votre entreprise ? Quelle est votre vision ?

Molecule : Notre vision est simple : nous voulons de créer des communautés de patients, de chercheurs et d’investisseurs pour financer et gérer le développement de médicaments. Pour cela, nous transformons la propriété intellectuelle en une classe d’actifs très liquide et fondée sur les données.

Au cours des deux prochaines années, notre objectif est que notre protocole finance autant de R&D qu’une entreprise pharmaceutique de taille moyenne. Avec cela, nous avons l’ambition de doubler notre équipe, de lancer Molecule V2 ainsi que le Molecule DAO. Nous souhaitons également voir la licence de notre premier actif être achetée par une société pharmaceutique.

Nous espérons que la « biotechnologie décentralisée » fera pour l’accès aux thérapies et aux médicaments ce que les FinTech et la finance décentralisée ont fait pour la façon dont nous obtenons l’accès aux services financiers.

Resolving Pharma : Comment les projets soumis sont sélectionnés et évalués ?

Molecule : Les projets peuvent être soumis via la Molecule’s Discover App ou en utilisant le formulaire de soumission de projet de VitaDAO

Sur la Discover App de Molecule, tout chercheur peut télécharger son projet et les investisseurs peuvent le découvrir. Actuellement, nous avons plus de 300 projets listés sur cette plateforme. Ces projets ne sont pas évalués par les équipes de Molecule, c’est aux investisseurs de décider dans quels projets ils veulent investir.

Sur le formulaire de soumission de projet de VitaDao, vous pouvez soumettre, en tant que chercheur, votre projet axé sur la longévité, mais le concept est différent dans la mesure où vous demandez un financement pour votre projet à VitaDao. Une due diligence est mise en place de la même manière que ce qui est réalisé par l’industrie biopharmaceutique. En d’autres termes, la taille du marché, la concurrence, l’équipe et d’autres paramètres sont pris en compte. Cependant, VitaDao souhaite financer des projets présentant un plus haut niveau de risque et à un stade plus précoce que ceux pouvant être financés par les mécanismes de financement traditionnels. VitaDao souhaite en outre se concentrer sur les projets favorisant la longétivité et l’augmentation de la durée de vie. Cela présente une particularité majeure car le vieillissement n’est pas reconnu comme une maladie par les agences gouvernementales à l’instar de la FDA. Par conséquent, il est compliqué d’évaluer le marché de manière traditionnelle. Les investisseurs de VitaDao acceptent cette difficulté et ont des stratégies incluant la poursuite d’essais cliniques dans des pays ayant un cadre juridique favorable et/ou des pays prêts à travailler avec les promoteurs pour concevoir des essais cliniques utilisant des biomarqueurs pertinents pour évaluer l’impact de la thérapeutique sur la longétivité.

Les projets soumis pour financement par le biais de VitaDAO sont évalués par le conseil d’évaluation scientifique de VitaDAO. Celui-ci émet alors un avis concernant le financement. L’évaluation est indépendante de la décision finale de financement. Ainsi, si un projet remplit les conditions requises pour être financé, une proposition de financement est envoyée aux détenteurs de jetons VitaDAO votent finalement pour ou contre le financement du projet de R&D.

Resolving Pharma : Comment investir dans un projet de recherche en utilisant votre plateforme ?

Molecule : Actuellement, chaque investisseur doit être un utilisateur vérifié sur Molecule pour investir dans les projets de recherche proposés. Pour vous permettre d’investir directement dans un projet de recherche, nous avons besoin de certaines informations de la part de l’investisseur. Notre plateforme est compatible avec le Web3, donc une fois que les investisseurs ont été « whitelistés » et qu’ils ont sélectionné un projet qu’ils souhaitent financer, les étapes sont similaires à celles de l’achat d’un NFT sur OpenSea. En pratique, les étapes sont les suivantes :

  • Créez un compte d’investisseur sur Molecule
  • Explorez les projets de recherche dans votre domaine d’intérêt. Si vous souhaitez entrer en contact avec des chercheurs spécifiques dont les coordonnées ne figurent pas dans la liste, n’hésitez pas à nous contacter via info@molecule.to
  • Faites vous « whitelister » pour les ventes d’IP-NFT : en effet pour participer à la vente des IP-NFT et faire des offres aux chercheurs, Molecule doit recueillir certaines informations auprès des investisseurs privés. Ces informations seront utilisées principalement pour contacter les investisseurs et leur permettre de signer les accords juridiques sous-jacents aux IP-NFTs. Pour déclencher le whitelisting, veuillez prendre contact avec info@molecule.to
  • Faites des offres sur les IP-NFTs : vous êtes maintenant prêt à faire des offres pour de nouveaux projets de recherche ou pour des IP-NFTs existants. Nous vous tiendrons informé des nouvelles opportunités de financement. Si vous êtes intéressé par le financement de projets qui ne figurent pas encore sur Molecule, n’hésitez pas à mettre le chercheur en contact avec nos équipes.
  • Transferez des fonds et réceptionnez l’IP-NFT : une fois que votre offre a été acceptée par un chercheur, il vous sera demandé de transférer les fonds sur un compte séquestre. Dès que la réception des fonds, le NFT sera envoyé sur le Wallet à l’origine des fonds.
  • Gérez votre IP-NFT : Vous pouvez, dès la réception de l’IP-NFT faire des offres de vente, consulter l’accord juridique sous-jacent et les données de l’asset, le tout via la plateforme Molecule.

Resolving Pharma : Comment les investisseurs individuels peuvent-ils choisir entre les différents projets ?

Molecule : Les investisseurs individuels devront faire leurs propres recherches et vérifications préalables (note de Resolving Pharma : dans le milieu des cryptomonnaies et de la blockchain, l’acronyme DYOR est souvent utilisé pour Do Your Own Researchs) et consulter un conseiller scientifique. Les particuliers choisiront très probablement des projets qui les intéressent personnellement, en choisissant par exemple ceux destinés à traiter une pathologie dont ils sont atteints ou dont souffre un membre de leur famille. Une grande partie des informations dont ils ont besoin se trouvent sur la page du projet mais ils peuvent contacter les chercheurs individuels via la page du projet pour poser des questions supplémentaires.

Lorsqu’un DAO (par exemple VitaDAO) finance un projet, il dispose d’un groupe d’experts en la matière (le conseil d’évaluation scientifique) qui le conseille sur les projets à financer. La décision est ensuite formalisée par une proposition de gouvernance qui est soumise à un vote et la décision finale est prise par tous les détenteurs du jetons par vote démocratique pour oui ou pour non.

Resolving Pharma : Quels sont les avantages du financement décentralisé du développement de nouveaux médicaments ?

Molecule : Si la propriété intellectuelle est cloisonnée et détenue par des entreprises individuelles, celles-ci peuvent avoir tendance à ne publier que les données positives, ce qui entraîne une asymétrie de l’information. Ce n’est pas ainsi que la science est censée fonctionner. La communauté des chercheurs pourrait obtenir les résultats souhaités beaucoup plus rapidement si la recherche était menée de manière plus ouverte et collaborative. L’apprentissage peut se faire beaucoup plus rapidement et les coûts peuvent être réduits en diminuant la duplication du travail. Une chose qui peut contribuer à faciliter cela est d’attirer l’attention sur les projets de recherche par le biais d’un marché public mondial.

Resolving Pharma : Comment votre modèle se différencie-t-il des plateformes de crowdfunding ?

Molecule : La plateforme de Molecule est différente du crowfunding, car les nouvelles approches de la propriété démocratisée (note de Resolving Pharma : en particulier relatives à la Blockchain et aux DAOs) permettent aux parties prenantes d’être directement copropriétaires des thérapies qui les concernent. Imaginez un monde où un nouveau traitement à l’insuline serait la propriété collective des diabétiques – quelles seraient les conséquences sur l’accès et les prix ? Et les patients pourraient avec un impact direct et leur mot à dire sur les médicaments développés pour eux ? Les communautés aident à mettre les médicaments sur le marché, non seulement en les finançant mais également en en devenant les co-propriétaires actifs.

Resolving Pharma : Pouvez-vous nous expliquer le concept d’IP-NFT ? Comment cela est-il sécurisé d’un point de vue légal ?

Molecule : L’IP-NFT est une nouvelle norme que nous avons développée. Les IP-NFTs représentent l’intégralité des droits légaux de propriété intellectuelle et permettent l’accès aux données pour la recherche biopharmaceutique. Considérez l’IP-NFT comme un jeton unique sur la blockchain Ethereum. Ce jeton sera lié à un accord juridique que le chercheur aura conclu avec les investisseurs. Grâce au fractionnement, au transfert sans friction et à la collatéralisation de la propriété intellectuelle dans des systèmes financiers décentralisés (DeFi), il débloque une nouvelle valeur autour de la propriété intellectuelle biopharmaceutique. Fondamentalement, l’IP-NFT permet le financement, la liquidité et la valorisation de la propriété intellectuelle et de la recherche.

D’un point de vue juridique, l’IP-NFT permet de négocier les droits/licences juridiques réels de la propriété intellectuelle. Cela se fait au moyen d’un contrat légal et d’un contrat intelligent qui se réfèrent l’un à l’autre. Le contrat légal est une licence de propriété intellectuelle faisant référence aux transactions, adresses et signatures dans la blockchain. Le contrat intelligent est un NFT dont le code fait référence à l’accord de licence de propriété intellectuelle, en masquant certains éléments de données confidentielles et en les stockant sur des réseaux de stockage de fichiers décentralisés. Combinés, le contrat légal et le contrat intelligent créent l’IP-NFT. Les acheteurs bénéficient ainsi d’un contrôle d’accès sécurisé à la propriété intellectuelle et aux données, ce qui accélère la procédure de due-diligence et réduit les coûts. Vous pouvez en savoir plus sur la configuration à la fois technique et juridique d’un IP-NFT dans cet article Medium : Molecule’s Biopharma IP-NFTs — A Technical Description

Resolving Pharma : Comment les décisions sont prises concernant la gestion de la propriété intellectuelle des projets ? Quel est le rôle des DAOs ?

Molecule : VitaDAO est gouverné par ses membres. Toutes les décisions sont soumises à un processus décisionnel prédéfini par le code du protocole, qui est inclusif et transparent pour tous les membres. Les décisions de moindre importance sont prises de manière informelle sur le forum Discourse ou sur serveur Discord de VitaDao, mais peuvent être soumises à un vote directement « on-chain » où toute personne possédant des jetons Vita peut voter. Les décisions qui sont contestées et qui ont un impact notables sur les parties prenantes de VitaDAO en affectant les processus de manière fondamentale ou qui impliquent une utilisation importante de fonds sont toujours soumises à un vote sur la chaîne et nécessitent l’accord d’une majorité relative des détenteurs de jetons.

Resolving Pharma : A ce propos, pouvez-vous en dire plus sur VitaDAO ? Comment ce projet pourrait contribuer à prolonger l’espérance de vie humaine ?

Molecule : VitaDao est une organisation autonome décentralisée (DAO) qui a pour objet de financer des projets de recherche sur la longévité et de régir leur propriété intellectuelle par le biais d’IP-NFT. Considérez VitaDAO comme le véhicule de la démocratisation de l’accès aux produits thérapeutiques dans le monde de la biotechnologie de la longétivité, afin de rendre ces actifs largement accessibles aux personnes du monde entier.

A propos du rôle que joue le projet dans l’allongement de l’espérance de vie humaine : VitaDAO finance des recherches en phase initiale et pourrait, par exemple, transformer ces projets de recherche en sociétés de biotechnologie. A titre d’exemple, le premier projet financé par VitaDAO cherche à valider des observations sur la longétivité par une série d’expériences en laboratoire. Ce travail pourrait aboutir à la réorientation de plusieurs traitements approuvés par la FDA pour prolonger la durée de vie humaine, à un coût moindre et dans des délais plus courts qu’avec la découverte de médicaments de novo.

Resolving Pharma : Si nos lecteurs veulent vous aider et participer à vos projets, que peuvent-ils faire ?

Molecule : La meilleure manière est de rejoindre notre Discord, de vous présenter et de discuter avec nous. Vous pouvez également joindre directement notre Community Manager par la biais de son adresse mail : heinrich@molecule.to

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur le projet, vous pourrez vous reporter :

Glossaire :

  • Web3 : « Le Web3 fait référence à une troisième génération d’Internet où les services et les plateformes en ligne passent à un modèle basé sur les blockchains et les cryptomonnaies. En théorie, cela signifie que les infrastructures sont décentralisées et que toute personne qui possède un jeton associé à cette infrastructure a un certain contrôle sur elle. Ce modèle du web représente une vision financiarisée d’internet. »
  • NFT pour Non-Fongible Token : « Un NFT désigne un fichier numérique auquel un certificat d’authenticité numérique a été attaché. Plus exactement, le NFT est un jeton cryptographique stocké sur une blockchain. Le fichier numérique seul est fongible, qu’il s’agisse d’une photo, d’une vidéo ou autre, le NFT associé est non fongible. »
  • DAOs : « Une DAO (Decentralized Autonomous Organization) est une entité fonctionnant grâce à un programme informatique qui fournit des règles de gouvernance automatisées à une communauté. La DAO est un contrat intelligent, complexe, déployé sur la blockchain Ethereum, et qui s’apparente à un fonds de capital-risque décentralisé. Ces règles sont inscrites de façon immuable et transparente dans une blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations sécurisée et qui fonctionne sans organe central de contrôle. Une DAO se distingue, en théorie, d’une entité classique de trois manières : elle ne peut pas être arrêtée ou fermée, personne ni aucune organisation ne peut la contrôler (et donc en manipuler les chiffres) et, enfin, tout y est transparent et auditable, cela dans un cadre supranational. Une DAO repose sur du code informatique : ses règles de fonctionnement sont publiques et elle ne s’appuie sur aucune juridiction. »
  • WhiteList : « L’expression liste blanche (en anglais whitelist) définit, dans le contexte des projets Blockchain, un ensemble de personnes auxquelles on attribue un niveau de liberté ou de confiance maximum dans un système particulier »

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Blockchain, Applications mobiles : la technologie permettra-t-elle de résoudre le problème des médicaments contrefaits ?

« Fighting counterfeits drugs is only the start of what blockchain could achieve through creating [pharmaceutical] ‘digital trust’.»

Andreas Schindler, Blockchain Expert

20% des médicaments en circulation dans le monde sont des médicaments contrefaits, dont la plupart ne contiennent pas la bonne substance active ou pas en bonne quantité. Représentant 200 milliards de dollars par an, ce trafic – 10 à 20 fois plus rémunérateur pour le crime organisé que celui de l’héroïne – cause chaque année la mort des centaines de milliers de personnes dont une majorité d’enfants que leurs parents pensent soigner avec de véritables médicaments. Pour lutter contre ce fléau, laboratoires et autorités sanitaires internationales doivent présenter un front uni, dont la technologie pourrait être la clef de voute.

***
Le problème de la contrefaçon de médicaments

C’est un fléau quasiment invisible, dont il est difficile de définir les contours, une épidémie mondiale à bas bruit, qui ne provoque ni confinements ni campagnes massives de vaccinations mais qui pourtant tue chaque année des centaines de milliers de patients. Les médicaments contrefaits, définis par l’OMS comme étant « des médicaments fabriqués de manière frauduleuse, mal étiquetés, de mauvaise qualité, dissimulant le détail ou l’identité de la source et ne respectant pas les normes définies », concernent généralement des maladies graves comme le sida, la tuberculose ou le paludisme et conduisent notamment au décès d’environ 300 000 enfants de moins de 5 ans atteints de pneumonie et de paludisme. Dans les faits, l’appellation généraliste « médicaments contrefaits » regroupe des produits très différents : certains ne contenant aucun principe actif, d’autres renfermant des principes actifs différents de ce qui est indiqué sur leur étiquetage, d’autres encore contenant le principe actif indiqué en quantité différente. En plus de leur responsabilité dans ces innombrables drames humains du présent, les médicaments contrefaits participent également à ceux de demain en participant notamment à l’augmentation de l’antibiorésistance dans des zones du monde où les systèmes de santé sont déjà défaillants et ne seront probablement pas en mesure de faire face à l’avenir à ce nouveau défi.

Parlons désormais d’argent. En dehors de ces considérations de santé publique, les médicaments contrefaits sont également un problème économicopolitique pour les états : ce trafic représentant 200 milliards de dollars par an permet d’une part d’alimenter d’autres filières du crime organisé et représente d’autre part un coût très important pour les systèmes de santé. Concernant les industries pharmaceutiques, les problématiques causées par ce trafic sont également nombreuses : un manque à gagner représentant 20% de leurs ventes mondiales ; un immense déficit de confiance des patients – ne sachant pas la plupart du temps que les médicaments contrefaits ne sont pas les originaux ; et enfin des dépenses considérables afin de lutter contre les contrefaçons.

***
Les initiatives pour contrer les contrefaçons de médicaments

Les médicaments contrefaits sont généralement distribués à travers des réseaux extrêmement complexes, ce qui rend particulièrement difficile la lutte pour endiguer leur propagation. Dans son « Guide pour l’élaboration de mesures visant à éliminer les médicaments contrefaits », l’OMS identifie différentes initiatives juridico-socio-politiques pouvant être mises en place pour les Etats afin de limiter la propagation de ces médicaments contrefaits, ces recommandations certes pertinentes sont particulièrement difficiles à mettre en place dans des régions du globe dans lesquelles les Etats ont peu de moyens et dont les structures sont gangrénées par la corruption endémique. Dans cet article, nous nous intéresserons par conséquent davantage aux solutions mises en place par des entreprises privées : start-ups spécialisées dans la lutte contre les médicaments contrefaits ou grandes entreprises pharmaceutiques.

L’une des pistes suivies par différentes start-up, notamment PharmaSecure, basée en Inde, ou Sproxil, basée au Nigéria et collaborant activement avec le gouvernement de ce pays, est d’utiliser le très large accès au smartphone des populations de ces pays pour leur permettre d’identifier les boîtes de médicaments contrefaites selon le modèle suivant : les fabricants de médicaments collaborent avec ces start-ups afin de mettre en place des codes (sous forme numérique ou de QR codes) dissimulées à l’intérieur des boîtes ou sur l’emballage du médicament, sous une surface à gratter ou décoller. Le patient peut télécharger gratuitement une application et y scanner ces codes pour vérifier que ses médicaments sont authentiques. Ces applications permettent en-sus aux patients de bénéficier de conseils relatifs à leurs traitements. Elles tiennent le rôle, dans leur fonctionnement, d’un tiers de confiance permettant de certifier au patient, consommateur final du médicament, que personne ne s’est substitué frauduleusement au fabricant légitime.

Figure 1 – Modèle de fonctionnement des applications mobiles de vérification de l’authenticité des médicaments

Le système décrit ci-dessus fonctionne globalement de la même manière que la sérialisation dont la mise en place a commencé il y a plusieurs années et est décrite dans le règlement européen 2016/61 ; à l’exception du fait que la vérification est réalisée par le patient et pas par le pharmacien.

D’autres applications mobiles, comme CheckFake et DrugSafe, développent un système de vérification différent, tirant profit de la caméra du smartphone pour vérifier la conformité en matière de formes, de contenus et de couleurs des packaging des médicaments. Enfin, une autre catégorie d’applications, mettent en place un système permettant d’analyser la forme et la couleur des médicaments eux-mêmes de manière à identifier de quels comprimés il s’agit et s’ils sont authentiques.

Ces différentes solutions présentent un certain nombre de qualités, en particularité leur facilité de déploiement et d’utilisation par les patients dans tous les pays du monde. En revanche, elles présentent l’inconvénient d’être lancées dans une course de vitesse avec les contrefacteurs poussés à produire des contrefaçons de plus en plus réalistes et ressemblantes. Par ailleurs, elles sont difficilement applicables pour aller plus loin : sécuriser la totalité des chaînes d’approvisionnement ou encore tracker le circuit des médicaments dans les hôpitaux, c’est la raison pour laquelle de nombreux grands groupes pharmaceutiques, comme Merck ou Novartis par exemple, misent depuis quelques temps déjà sur une technologie différente : la Blockchain. Explications.

***
Présentation succincte de la technologie Blockchain –

La Blockchain est une technologie conçue en 2008, sur laquelle se sont construites les crypto monnaies depuis cette date. Il s’agit d’une technologie sécurisée par cryptographie de stockage et de transmission d’informations sans organe de contrôle centralisé. L’objectif principal est de permettre à un protocole informatique d’être un vecteur de confiance entre différents acteurs sans tiers intermédié. Le mécanisme de la Blockchain permet aux différents acteurs qui y participent d’obtenir un accord unanime sur le contenu des données et d’éviter leur falsification ultérieure. Ainsi, la méthode historique de consensus entre les acteurs est celle dite de la « preuve de travail » : un certain nombre d’acteurs fournissent de la puissance de calcul afin de valider l’arrivée de nouvelles informations. Dans le cadre des cryptomonnaies, ces acteurs sont appelés les mineurs : des machines informatiques très puissantes et aux dépenses énergétiques importantes reçoivent toutes en même temps un problème mathématique complexe à résoudre, la première qui réussira sera en mesure de valider la transaction et d’être rémunérée pour cela. Chacun des participants, appelés « nœuds », possède par conséquent un historique mis à jour du grand livre de compte qu’est la Blockchain. Dans les faits, cette attaque est peu envisageable, sur des blockchains comme celles du Bitcoin par exemple, tant la puissance de calcul à développer serait phénoménale (peut-être qu’un jour l’ordinateur quantique rendra-t-il obsolète ce que nous considérons actuellement comme de la cryptographie, mais c’est un autre débat…) D’autres techniques de validation existent désormais, comme la preuve de participation ou encore la preuve de stockage. Elles ont essentiellement été conçues afin de répondre aux problématiques de scalabilité et de durabilité énergétique des blockchains.

Figure 2 – Schéma de l’ajout d’un bloc à une blockchain

Conçue à la suite de la crise financière de 2008, cette technologie a une forte connotation politique, et le Bitcoin a par exemple pour philosophie de permettre un affranchissement des individus envers les systèmes de contrôle bancaire et politique. Ainsi, les blockchains originelles, comme celle du Bitcoin, sont dites « ouvertes » : chacun peut lire et écrire les registres de la chaîne. Avec le temps, et pour davantage de praticité par des entreprises privées, des blockchains semi-fermées (tout le monde peut lire mais seul un organisme centralisateur peut écrire) ou fermées (la lecture et l’écriture sont réservées à un organisme centralisateur) ont été développées. Ces nouvelles formes de blockchains s’éloignent considérablement de la philosophie de départ, et l’on peut légitimement interroger leur pertinence : elles présentent certains inconvénients de la blockchain en termes de difficulté d’utilisation tout en conservant également les problématiques liées à une base de données centralisées : une seule entité peut décider volontairement de la corrompre ou souffrir d’un piratage. Cette configuration fermée permet souvent une plus grande scalabilité mais pose une question autant technologique que philosophique : une blockchain, lorsqu’elle est pleinement centralisée, en est-elle encore une ?

***
Perspectives d’utilisation de la technologie Blockchain dans la lutte contre les médicaments contrefaits

A l’heure où la confiance est plus que jamais une problématique centrale de l’industrie pharmaceutique, qui voit sa légitimité et son honnêteté questionnées sans répit, il est logique que les acteurs de ce secteur s’intéressent à la technologie de la confiance par excellence. Parmi les différents cas d’usage possibles, sur lesquels nous pourrons sans doute revenir lors de prochains articles, la lutte contre les médicaments contrefaits est l’un des plus prometteurs et des plus importants en termes de vies humaines potentiellement sauvées. Ainsi, Merck a récemment commencé à collaborer avec Walmart, IBM et KPMG dans le cadre d’un projet pilote porté par la FDA afin d’utiliser la blockchain pour permettre aux patients de tracker la totalité du circuit du médicament qu’ils ont entre les mains. Ce concept est déjà mis à l’étude de manière fonctionnelle à Hong Kong à propos du Gardasil et à l’aide d’applications mobiles téléchargées par les pharmaciens et les patients. Ainsi, toute la chaîne d’approvisionnement du médicament est bâtie autour de la blockchain permettant de récupérer et d’assembler un grand nombre de données concernant par exemple les dates d’expédition ou encore les conditions et températures de conservation. Le consortium précédemment cité explore également l’utilisation de Non-Fungible Tokens (NFT) : des jetons numériques uniques et non interchangeable. A chaque boîte de médicament produite serait associé un NFT, qui suivrait la boîte dans son circuit, du fabricant au grossiste, du grossiste au pharmacien et du pharmacien au patient, par exemple. Ainsi, chaque patient recevrait dans le futur un NFT en même temps que sa boîte de médicaments afin d’en certifier l’inviolabilité de la provenance. Aucun des acteurs de la chaîne d’approvisionnement ne pourrait prendre la liberté d’ajouter frauduleusement des médicaments contrefaits puisque ces derniers ne posséderaient pas leur NFT associé. Cette vision du futur est probablement réjouissante et en faveur d’une sécurité accrue du médicament, mais elle ne sera réalisable qu’après un travail important, d’une part d’éducation des parties prenantes et d’autre part de mise en place d’interfaces digitales accessibles à tous les patients.

***

Avec l’émergence du e-commerce et de sa facilité d’accès toujours plus importante, le problème des médicaments contrefaits a explosé ces dernières années et il sera nécessaire que les différents acteurs de l’écosystème pharmaceutique se mobilisent et se montrent créatifs pour l’endiguer, ainsi que pour restaurer la confiance détériorée. Plusieurs initiatives extrêmement intéressantes utilisant la technologie de la blockchain sont actuellement portées par différents acteurs du secteur de la santé, nous pouvons voir dans ces projets l’esquisse d’une potentielle solution à la contrefaçon des médicaments, mais nous devons toutefois les considérer avec un certain esprit critique tant la tentation de faire du marketing autour du buzz-word que représente la blockchain depuis l’explosion des crypto-monnaies en 2017 peut être forte – et même, malheureusement, lorsque les problématiques pourraient parfaitement se satisfaire d’une base de données centralisée. Pouvons-nous aller jusqu’à penser comme certains spécialistes de cette technologie que la blockchain n’est viable et utile que lorsqu’elle est utilisée pour des transferts financiers ? Le débat est ouvert et nul doute que le futur y apportera rapidement une réponse !

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